15.06.2007
Des images insoutenables
J'analysais dans un précédent post les parallèles étranges entre l'Indonésie et le fonctionnement de la démocratie française.
J'y songe de nouveau aujourd'hui, à quelques heures du deuxième tour des législatives, alors que les partis de gauche tentent de mobiliser leurs électeurs en évoquant la menace d'un "tsunami" électoral.
Je trouve qu'il y a un certain cynisme dans cette façon d'utiliser le mot de "tsunami", un terme dont le caractère horrifique est devenu légendaire dans les circonstances tragiques que l'on sait.

Utiliser "tsunami" relève finalement d'une stratégie assez grossière, visant à implanter chez l'électeur potentiel un réflexe pavlovien de type :
UMP = Tsunami = Mort.
Comprenons-nous bien : je ne veux interdire à personne le droit d'évoquer la probable "vague bleue". Simplement je préconise l'emploi du terme "raz-de-marée" pour la désigner.
Il me semble plus adapté, car il rend justice à l'ampleur moyenne de la catastrophe qui se prépare, sans pour autant charrier dans l'imaginaire collectif des images atroces et hors de propos.
Et si l'on insiste pour parler de "tsunami" ou de "cataclysme", il faudrait pouvoir appliquer ces mots à un autre phénomène. Un phénomène aux dimensions véritablement tsunamiques, qui s'est produit pendant ces élections législatives et qui n'est certainement pas la défaite de la gauche.
Qu'ai-je en tête ?
Je veux parler de ces images insoutenables diffusées récemment au journal de 20H00 et qui font immanquablement écho à celles reçues d'Indonésie en janvier 2005
Des corps. Sans vie. Alignés sur une plage.
Imaginer les mêmes, quelques semaines auparavant, plein d'enthousiasme. Les mêmes et pourtant si différents. "On" louait leur vitalité, "on" les félicitait à tour de bras. Bon père, mari fidèle et citoyen exemplaire ! Tout cela balayé en quelques secondes. Et bien sûr, "on" garde un silence pudique sur cette douloureuse transformation, afin de ne vexer personne. Vaine pudeur : comme s'ils avaient une seule chance de revenir parmi nous...
Des corps. Sans vie. Alignés sur une plage.
Pourrissant sous le soleil, dans un état de décomposition mentale avancée, certains trouvent encore la force de délivrer une ultime parole face à la caméra qui se repaît du spectacle de leur agonie. Un dernier sursaut, une excuse, un regret ?
"Il faisait trop beau pour aller voter".

Abstentionnistes, vous êtes répugnants.
15:50 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : abstention, législatives



