25.05.2007
Comment je suis devenu comique
Une double page dans le magazine Phosphore d'Avril m'est consacré. Malheureusement, l'article s'intéresse surtout à mes études. Car, faut-il le rappeler, j'ai fait une grande école de commerce avant de me lancer dans le One-Man-Show.
Voilà un bel exemple illustrant fort à propos les ravages de l'esprit de Mai 68 sur une éducation de qualité, me direz-vous. Peut-être. Mais je n'ai qu'un conseil à donner aux parents.
Vous pensiez votre enfant à l'abri de la précarité parce que c'est un bon élève ? Lisez ce qui suit et vous comprendrez que quelque soit l'excellence de son bulletin de notes, son bonheur futur ne dépend que de sa capacité à répondre à la seule question qui devrait vous angoisser :
"Mais enfin, qu'est-ce que tu veux faire plus tard ?".
Je m'arrête là, je suis Bilco et non pas Marie-Claude Vignolly, conseillère d'orientation, et disserter sur l'avenir de votre progéniture n'est pas mon gagne-pain.
Non, la bonne nouvelle - à en croire ce magazine - c'est que je serais officiellement "devenu comique".
Voici comment.
Pour devenir humoriste, première étape, commencer par une bonne dose de générosité. Et principalement, la générosité des autres.
Celle des gens qui vous aident, un coup de pouce, sympa merci, toujours bon à prendre. Merci par exemple au photographe Laurent Vautrin de me laisser reproduire le fruit de son travail (ci-dessous).

Deuxième étape vers le stand-up professionnel, raconter sa vie à des gens qui payent (ça s'appelle un spectacle) ou à des gens qui sont payés pour vous écouter (ça s'appelle soit des journalistes, soit Gérard Sibelle).
Ci-dessous, je me suis confié à Orlane Dupond, collaboratrice de Phosphore, dont je n'hésite pas à saluer la qualité du travail : 3h00 d'entretien retranscrit à l'esprit et à la lettre près.
Comme on dit dans le jargon de sa corporation : "Chapeau !".

Dernière étape pour devenir un artiste officiel, preuve irréfutable de la reconnaissance médiatique : la double-page dans la presse.
Ca y est, c'est maintenant. J'en suis un, d'artiste, pour de vrai.
Adoubé par la Presse : grosse photo, 6 colonnes de texte... 21 * 29,7 ! Deux fois !
Grisé par le star-system, je risque une hypothèse : mon espace médiatique brutalement augmenté de 0,12 mètres carrés, puis-je enfin, comme ce journal m'y invite, m'auto-proclamer "champion" de l'humour ?
C'est là que le bât blesse. Car à le relire, je réalise que cet article ne couronne pas le comique, mais récompense bien plutôt une exemplaire carrière d'écolier...
Mais comment pourrait-il en être autrement ? Phosphore et moi, c'est une vieille histoire... Les pages de ce magazine sont un débouché si naturel pour mon double de papier glacé qu'on en viendrait à le soupçonner d'avoir été pistonné....
Je m'explique.
Axiome : pour sa première percée médiatique, tout néo-producteur de biens culturels se rêve portraitisé sur, au minimum, 4 pages de Technikart, une "double" des Inrocks ou la quatrième de couv' de Libé.
Théorème : dans les faits, et c'est là un juste retour des choses, la première interview-fleuve du jeune talent prendra logiquement place dans les colonnes du magazine auquel il fut le plus longtemps abonné dans sa jeunesse.
C'est mon cas avec Phosphore. J'ai été élevé au Phosphore. "Phosphorer", c'est le genre de verbe que les gens employaient quand ils parlaient de mon cerveau.
2 pages dans Phosphore, dans mon cas c'est juste normal, c'est comme un type dont le nom défile dans le générique du Club Dorothée parce que c'est son anniversaire. Je le répète, cela n'a rien d'extraordinaire, il n'y a pas de quoi se vanter.
Conclusion : malgré ma "double" dans Phosphore, je reste accessible. Par exemple, vous pouvez écrire des commentaires sur mon blog.
Pourquoi je reste si proche de vous ? Parce que Phosphore n'est pas un magazine culturel spécialisé dans les stars mondiales, Phosphore est un magazine pour devenir bon à l'école.
Retenez cela : j'ai une double page dans la presse sur du papier couché brillant 300 grammes avec une photo de moi (et on me reconnaît bien ! et il n'y a personne d'autre que moi sur la photo !) eh ouais les gars !, et pourtant quand je vous dis que je ne me prends pas pour le meilleur humoriste de France, je vous demande de me croire, aussi incroyable que cette humilité puisse paraître.
Parce qu'au fond de mon coeur, je sais que cette "double" reste "une double dans Phosphore", et que la journaliste a vu mon CV et pas mon spectacle.
Ce qui m'amène à pousser un cri : COMBIEN DE TEMPS ne vais-je rester que le "surdiplômé de l'humour français", "le futur manager qui a dit non au système" ou autre sobriquet inventé par une presse en mal d'étiquettes ?, qui prendra le risque d'écrire que je ne suis pas qu'un phénomène de foire membre de la Mensa, que je suis intrinsèquement drôle, que je peux faire des blagues compréhensibles par le peuple ??
...
Oui, je peux en faire... Voilà. Et j'ai une "double" dans Phosphore. Et oui ! Et non, je ne me prends pas pour un humoriste ! Tout comme Tony Parker aurait tort de se prendre pour un rappeur parce que son CD a deux pages dans Mondial Basket.
Voilà.
22:50 Publié dans BILCO : BIOGRAPHIE en temps réel | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Phosphore, Bayard Presse, Laurent Vautrin, Orlane Dupont
30.05.2006
Déclaration de revenus 2005

La République, bonne fille, promet 20 € d'économie à quiconque entreprendra cette démarche.
Gain de temps et d'argent : je ne vais pas me priver par nostalgie de la paperasse. J'ai trop vu mon père courber l'échine pour remplir cette satanée déclaration pendant des samedis après-midi entiers pour m'opposer à ce progrès, synonyme de vitesse et de transparence.
Pourquoi se compliquer la tâche alors qu'en quelques clics, on peut déclarer ses revenus sur Internet ?

Et voilà.
Prévenez moi si vous faites de même, qu'on sache qui a été le meilleur en 2005.
11:09 Publié dans BILCO : BIOGRAPHIE en temps réel | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
11.04.2006
Les années Essec : Partie I
J'ai posé quelques questions à Bilco sur le pourquoi de son brutal changement de cap dans la vie (d'école de commerce à humoriste). J'ai besoin de plus d'informations pour savoir comment communiquer sur le sujet dans son dossier de presse...
Bilco, tu es diplômé de l'Essec en 2001, et là tu décides de te lancer sur les scènes de café-théâtre. Un parcours qui n'est pas sans rappeler celui de François-Xavier Demaison, fiscaliste à New-York, aux premières loges quand les tours s'effondrent, il plaque tout pour faire rire les gens... Est-ce que toi aussi, tu as réalisé le 11 septembre la "fragilité de l'existence" ?
Ce jour-là, j'ai surtout réalisé qu'un paquet de gens allaient se servir des attentats comme un prétexte pour se mettre à dire et à faire n'importe quoi : subitement, des types ont déduit que si les Américains prenaient des avions dans la face, c'est qu'ils l'avaient bien cherché et que c'était bien fait... Dans la foulée, d'autres attentats, guerre contre l'Irak et un ex-fiscaliste en promo chez Cauet, je crois effectivement que le 9/11 a levé pas mal d'inhibitions chez les gens, et pas forcément pour le meilleur.
Mon électrochoc personnel est antérieur de quelques mois et heureusement, parce que ça m'aurait bien fait chier de commencer ma vie professionnelle en ayant une dette à l'égard de Ben Laden... Oui, je crois que "Ne jamais devoir quoique ce soit à Al Qaida" serait tout à fait acceptable comme philosophie de vie, en tout cas c'est le conseil que je donnerais à un jeune humoriste qui voudrait se lancer.
Pierre Palmade (qui a fait une prépa HEC) s'est réclamé à ses débuts de Jacqueline Maillan, et c'est clairement un meilleur parrainage que Ben Laden.

Qu'est-ce qui explique alors ton virage à 180° ?
Le sommet du G8 à Gênes (juillet 2001) m'a bien marqué, déjà parce que c'était la première fois que je partais en voyage dans un car avec des jeunes de la Ligue Communiste Révolutionnaire. Ce sont de sympathiques compagnons, des gens responsables, pour certains impressionnants de culture politique, mais j'ai quand même eu l'énorme satisfaction de les écraser aux échecs à l'aller. Balancer "Echec & Mat" à un barbichu qui cite Trotski, ça a une saveur spéciale...
A l'époque, je faisais les exercices de l'Ecole des Echecs d'Alexandre Kotov et j'ai vraiment déchiré tout le car à grands coups d'attaques violentes, de sacrifices audacieux etc.
Une sorte de métaphore prémonitoire du champ de bataille qu'allait devenir Gênes dans les trois jours suivants...
Black Block contre Carabinieri, ça a été assez violent des deux côtés, mais la palme revient à la police italienne, qui a joué tout le sommet façon défense sicilienne de fer. Ils ont tué un manifestant dans des circonstances troubles, mais surtout ils ont fait des descentes dans des dortoirs d'altermondialiste pour des bâtonnages clandestins bien dégueulasses.

Le turban de Ben Laden, la gouaille de Jacqueline Maillan
Enfin à Gênes, j'étais un peu en touriste, le bien le mal tout cela était flou... Il faisait beau j'ai raté le départ d'une manifestation et je me suis retrouvé errant dans les rues. J'ai croisé des jeunes casseurs amateurs qui cherchaient le "Black Block" pour lancer des trucs sur la police. Pour te dire, je leur ai indiqué le chemin la conscience tranquille, je n'ai absolument aucun sens de l'orientation.
Pour simplifier on va dire que je suis sorti de là révolté par la "fragilité de l'existence" (enfin surtout la fragilité de l'existence des autres comme souvent dans ce genre de prise de conscience), révolté contre la société, contre les institutions... Aujourd'hui je défends sur scène des positions opposées, mais toujours marquées par un refus de la violence comme moyen d'expression.
L'un dans l'autre, c'est vraiment au sommet du G8 que j'ai basculé...
L'éclatement de la bulle Internet en 2000, la faillite d'Enron et d'Arthur Andersen en décembre 2001, c'est pas des trucs qui font douter un étudiant en école de commerce ?
Oui bien sûr. Les start-ups Internet, c'est comme la vodka pomme face au traditionnel kicoke, c'est des trucs qui font douter. Des fortunes qui se font et qui se défont, des entreprises parrains de promo (elles offrent un sac avec du shampoing pour nous fidéliser quand on arrive à l'école) qui sont en banqueroute 4 ans après et nous on est là avec nos cheveux sales et nos rêves brisés...
Mais si on veut changer de vie, mieux vaut ne pas attendre ce genre de déclic et comprendre tout seul qu'on se prend trop au sérieux avant que 10 Millions de stock-options en fumée ne te fassent réaliser que "la vie est absurde, l'existence fragile".
Et c'est pareil pour le "choc du 11 septembre" : n'abandonnons pas le privilège de déflorer notre naïveté au nihilisme explosif d'un terroriste sexuellement frustré.
17:55 Publié dans BILCO : BIOGRAPHIE en temps réel | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note




