30.09.2006
Islam Indonésien, Démocratie Jospin

A la lecture d'un récent Courrier International (14 septembre), on mesure le péril que représente la montée de l'islamisme en Indonésie. Que ce soit dans le journal intime d'un terroriste ou dans les manifestations orchestrées par les intégristes, c'est le même refus de la démocratie qui s'affirme avec virulence.
Paradoxalement, c'est la fin du régime autoritaire de Suharto en 1998 qui a permis à ces groupes religieux de faire entendre leur voix : dans certaines régions, ils parviennent peu à peu à imposer démocratiquement l'instauration de la Charia, loi coranique fondamentalement anti-démocratique...
La démocratie est-elle soluble dans l'islamisme ? Terrible question... Pourra-t-elle compter sur ses fidèles défenseurs pour éviter de connaître le triste sort du café, dans l'eau ? Suspense insoutenable... Cet article ressemblera-t-il encore longtemps à un éditorial du Point ? Non.
On bascule en effet dans le comique quand Courrier International nous apprend qu'une organisation de citoyens démocrates (la Garda Bangsa) entend lutter contre la menace islamiste.

Des "techniques magiques" comme dernier rempart pour sauver la démocratie !? Des guerriers "invulnérables" au secours du suffrage universel !?
Nous voilà rassurés : notre système politique préféré est entre de bonnes mains...
Nos esprits occidentaux, rationnels et moqueurs, sont prompts à relever narquoisement l'incompatibilité radicale entre "démocratie" et "magie". Par exemple, une personne invisible et pas trop grosse pourrait violer la confidentialité du vote en squattant l'isoloir. Quand à la téléportation, elle gonflerait artificiellement la participation les jours de pluie.
Bref, la démocratie n'a que faire des guerriers invulnérables de la Garda Bangsa (qui ne commettront pas d'attentats-suicides, c'est déjà ça).
A la rigueur, ce dont a vraiment besoin une démocratie, c'est de guerriers vulnérables.
On reconnaît en effet la grandeur de l'idéal démocratique à ce que c'est le seul régime pour lequel des soldats agnostiques acceptent de mourir sans même la perspective d'une vie meilleure dans l'au-delà.
Qu'ils soient dans la plupart des cas des soldats agnostiques noirs et défavorisés en quête d'une vie meilleure là maintenant tout de suite ne devrait pas nous amener à reconsidérer la grandeur de l'idéal démocratique.
Toujours est-il que les militants magiciens de la Garda Bangsa ne rencontrent qu'un succès modéré : plus de 90% de la population de la province de Sulawesi-Sud se sont déclarés favorables à l'application de la charia lors d'un sondage effectué début 2002...
A croire qu'aux yeux de la population indonésienne, n'importe quel bigot islamiste passe pour pragmatique à côté de cette bande de mystiques démocratiquo-soufis.
Et pourtant... Je me garderai d'ironiser plus avant sur la Garda Bangsa car la France est elle-même le théâtre de rites quasi-magiques, célébrés avec une régularité effrayante !
Pire encore, c'est le processus même de renouvellement des représentants du peuple qui est le cadre de ces métamorphoses paranormales.

Je veux parler de ce mystérieux processus qui en l'espace de quelques mois conduit des candidats à la candidature à se transformer (ou pas) en candidats.
Entre-temps, ils auront été obligatoirement candidats à rien (comme dans l'expression ministérielle "Je ne suis candidat à rien, je travaille").
Ensuite, en fonction des sondages (une technique de divination qui en vaut une autre), le candidat à rien évoluera vers le candidat. Ou vers le rien.
Cela semble risqué, mais à voir l'exemple de Lionel Jospin, il faut croire qu'avoir été candidat à rien, même l'espace de quelques mois, c'était toujours mieux que de ne pas avoir été candidat tout court.
J'aurais pu clore ce paragraphe en écrivant qu'être candidat à rien, c'est toujours mieux que rien. Je ne l'ai pas fait, car à mon sens, être candidat à rien, ce n'est pas mieux ou moins bien que rien, c'est exactement pareil.
... N'en déplaise à M. Jospin, qui semble avoir goûté ce petit rien comme l'apothéose de sa vie politique. Et comme je l'aime bien, je vais lui dire :
- "Lionel"
- "Oui ?"
- "Euh non... Rien."
- "Merci ! Ca fait plaisir."
Je dois avouer que j'aurais déjà du mal à prouver à un Indonésien la rationalité des étapes préliminaires de notre grand cirque électoral. Mais alors je l'admets tout de go : à partir du deuxième tour, seule la sorcellerie peut expliquer la transformation du candidat de la gauche (ou de la droite) en candidat de tous les français...
Vous me direz, peu importe l'objet de sa candidature, ce qui compte c'est de rassembler.
Ce à quoi je vous répondrai : "Certes. Mais quel dommage que les hommes politiques ne se présentent qu'aux élections et jamais à des entretiens d'embauche."
*********************
- "J'ai regardé votre CV. Nous sommes très intéressés par votre profil. Simplement vous n'avez pas précisé la nature de votre candidature. Vous postulez pour quel poste ?"
- "Je suis le candidat de tous les Français."
- "D'accord. Pourquoi pas ? Donnez-moi une qualité et un défaut."
- "Je suis le candidat de tous les Français. Et je suis têtu."
- "Ok, c'est parfait, vous êtes engagés."
- "Je ne suis candidat à rien, je travaille."
- "Combien de temps pensez-vous me prendre pour un con ?"
- "C'est aux militants d'en décider."
Et là le type est embauché. La démocratie, c'est magique.
10:20 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Jakarta, Soufiste, Jospin, Sophiste




Commentaires
Bien meilleur article que les editos du Point en effet. Just so funny.
Ecrit par : Axelle | 02.11.2006
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