11.04.2006
Les années Essec : Partie I
J'ai posé quelques questions à Bilco sur le pourquoi de son brutal changement de cap dans la vie (d'école de commerce à humoriste). J'ai besoin de plus d'informations pour savoir comment communiquer sur le sujet dans son dossier de presse...
Bilco, tu es diplômé de l'Essec en 2001, et là tu décides de te lancer sur les scènes de café-théâtre. Un parcours qui n'est pas sans rappeler celui de François-Xavier Demaison, fiscaliste à New-York, aux premières loges quand les tours s'effondrent, il plaque tout pour faire rire les gens... Est-ce que toi aussi, tu as réalisé le 11 septembre la "fragilité de l'existence" ?
Ce jour-là, j'ai surtout réalisé qu'un paquet de gens allaient se servir des attentats comme un prétexte pour se mettre à dire et à faire n'importe quoi : subitement, des types ont déduit que si les Américains prenaient des avions dans la face, c'est qu'ils l'avaient bien cherché et que c'était bien fait... Dans la foulée, d'autres attentats, guerre contre l'Irak et un ex-fiscaliste en promo chez Cauet, je crois effectivement que le 9/11 a levé pas mal d'inhibitions chez les gens, et pas forcément pour le meilleur.
Mon électrochoc personnel est antérieur de quelques mois et heureusement, parce que ça m'aurait bien fait chier de commencer ma vie professionnelle en ayant une dette à l'égard de Ben Laden... Oui, je crois que "Ne jamais devoir quoique ce soit à Al Qaida" serait tout à fait acceptable comme philosophie de vie, en tout cas c'est le conseil que je donnerais à un jeune humoriste qui voudrait se lancer.
Pierre Palmade (qui a fait une prépa HEC) s'est réclamé à ses débuts de Jacqueline Maillan, et c'est clairement un meilleur parrainage que Ben Laden.

Qu'est-ce qui explique alors ton virage à 180° ?
Le sommet du G8 à Gênes (juillet 2001) m'a bien marqué, déjà parce que c'était la première fois que je partais en voyage dans un car avec des jeunes de la Ligue Communiste Révolutionnaire. Ce sont de sympathiques compagnons, des gens responsables, pour certains impressionnants de culture politique, mais j'ai quand même eu l'énorme satisfaction de les écraser aux échecs à l'aller. Balancer "Echec & Mat" à un barbichu qui cite Trotski, ça a une saveur spéciale...
A l'époque, je faisais les exercices de l'Ecole des Echecs d'Alexandre Kotov et j'ai vraiment déchiré tout le car à grands coups d'attaques violentes, de sacrifices audacieux etc.
Une sorte de métaphore prémonitoire du champ de bataille qu'allait devenir Gênes dans les trois jours suivants...
Black Block contre Carabinieri, ça a été assez violent des deux côtés, mais la palme revient à la police italienne, qui a joué tout le sommet façon défense sicilienne de fer. Ils ont tué un manifestant dans des circonstances troubles, mais surtout ils ont fait des descentes dans des dortoirs d'altermondialiste pour des bâtonnages clandestins bien dégueulasses.

Le turban de Ben Laden, la gouaille de Jacqueline Maillan
Enfin à Gênes, j'étais un peu en touriste, le bien le mal tout cela était flou... Il faisait beau j'ai raté le départ d'une manifestation et je me suis retrouvé errant dans les rues. J'ai croisé des jeunes casseurs amateurs qui cherchaient le "Black Block" pour lancer des trucs sur la police. Pour te dire, je leur ai indiqué le chemin la conscience tranquille, je n'ai absolument aucun sens de l'orientation.
Pour simplifier on va dire que je suis sorti de là révolté par la "fragilité de l'existence" (enfin surtout la fragilité de l'existence des autres comme souvent dans ce genre de prise de conscience), révolté contre la société, contre les institutions... Aujourd'hui je défends sur scène des positions opposées, mais toujours marquées par un refus de la violence comme moyen d'expression.
L'un dans l'autre, c'est vraiment au sommet du G8 que j'ai basculé...
L'éclatement de la bulle Internet en 2000, la faillite d'Enron et d'Arthur Andersen en décembre 2001, c'est pas des trucs qui font douter un étudiant en école de commerce ?
Oui bien sûr. Les start-ups Internet, c'est comme la vodka pomme face au traditionnel kicoke, c'est des trucs qui font douter. Des fortunes qui se font et qui se défont, des entreprises parrains de promo (elles offrent un sac avec du shampoing pour nous fidéliser quand on arrive à l'école) qui sont en banqueroute 4 ans après et nous on est là avec nos cheveux sales et nos rêves brisés...
Mais si on veut changer de vie, mieux vaut ne pas attendre ce genre de déclic et comprendre tout seul qu'on se prend trop au sérieux avant que 10 Millions de stock-options en fumée ne te fassent réaliser que "la vie est absurde, l'existence fragile".
Et c'est pareil pour le "choc du 11 septembre" : n'abandonnons pas le privilège de déflorer notre naïveté au nihilisme explosif d'un terroriste sexuellement frustré.
17:55 Publié dans BILCO : BIOGRAPHIE en temps réel | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note




Commentaires
Ouah! J'ai du mal à écrire dix mots par mois en puisant dans tous les sujets que la vie peut offrir, et toi, tu blogues sur Bilco!!! Chapeau!
Le loup garou a été exceptionnel avec des tensions, des fou rires, des bretzels. Y avait des sacrées personnalités pour une sacrée soirée. Je recrute toujours pour les parties à venir. Partant?
Cheers,
Joanna
Ecrit par : Joanna | 12.04.2006
La question, bien entendu, sera posée en des termes simples.
Combien, et en quelle monnaie, pour des dossiers savamment renseignés et méthodiquement archivés par thèmes et périodes au sujet du comique troupier objet du présent blog?
COMBIEN?
Ecrit par : Hennedark Vabont | 12.04.2006
@ Joanna : je blogue sur Bilco parce que je n'ai pas ton courage d'arpenter les rues de la capitale pour y dénicher d'insolites photos (pas mal ton "coffee-shop" à côté d'un commissariat)... et aussi parce que j'y suis intéressé, à plus d'un titre...
@ Hennedark : ... pas question d'espèces sonnantes & trébuchantes pour le moment (ça m'obligerait à changer le titre du blog, trop dur pour un débutant comme moi), mais disons que si Bilco était une start-up, je toucherais une sorte de Jackpot lors de l'introduction en Bourse...
Enfin d'après le Petit Robert, un "comique troupier" est un genre comique grossier basé sur des histoires de soldat.
Donc en aucun cas Bilco ne peut être qualifié de "comique troupier" puisque Bilco n'est pas un genre... ou alors c'est un mec genre. Un mec genre style tu vois.
Tu vois ?
Ecrit par : Esclave de Bilco | 13.04.2006
Je vois. Je vois bien. J'ai mis mes lunettes filtrées Kavinsky et tout s'éclaire en pixels.
vroum
Ecrit par : HenneDark | 26.04.2006
Juste pour que tu corriges, mister l'amoureux des règles de bonne conduite en grammaire: (:p)
impressionnantS de culture
je défendS
10 millions de SO en fumée ne te FASSENT
Grammaticalement vôtre! ;)
Ecrit par : Axelle | 02.11.2006
Merci à Axelle, rédactrice en chef de www.culturecie.com de ces corrections. C'est un peu humiliant de recevoir ce genre de baffes quand comme moi on se targue d'être le plus jeune abonné du périodique "Défense de la langue française" (cette publication de l'espace remettant chaque année des médailles aux croisés de la langue nationale, dernier distingué : Jean Amadou).
Je ne te connaissais pas Axelle mais une chose est sûre, je vais me venger et sur ton terrain de surcroît : l'orthographe...
Je vous donne donc tous rendez-vous sur www.culturecie.com. Les chroniques culturelles de cette jeune femme sont fouillées, j'invite les internautes à les lire et à les relire.
Et surtout à les relire.
Soyez comme des chiens affamés, ne laissez rien passer !
Ecrit par : Esclave de Bilco | 02.11.2006
Salut Mr Cadrot,
J'étais ds ta classe en prépa HEC à savigny...peut etre te souviens tu de moi...je suis tjs en contact avec Alex Olive qui m'a dit que tu étais en spectacle...je t'ai également vu sur direct 8...j'aimerais venir te voir avec ma femme...peut etre dimanche prochain...
dis moi si tu es dipso après le spectacle pour boire un verre éventuellement...
Ecrit par : LORENZO | 14.11.2006
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